POURQUOI ON TROUVE TOUJOURS LES ARAIGNÉES
AUX COINS DES PLAFONDS?
1 - Egya Anansi était un cultivateur très habile. Lui, sa femme et son fils, entreprirent de travailler une année à préparer leurs plantations sur une étendue bien plus vaste que les dernières.
2 - Ils plantèrent des ignames, du maïs, et des haricots et furent récompensés par une très riche récolte. Elle était exactement dix fois plus grosse qu’aucune autre jamais obtenue auparavant.
3 - Egya Anansi fut très très satisfait quand il vit sa richesse en blé et en haricot, mais il était excessivement égoïste et avide et n’aimait jamais partager - rien - même avec sa propre femme et
son fils. Quand il vit que les récoltes étaient tout à fait mûres, il médita un plan grâce auquel il serait seul à en profiter.
4 - Il appela sa femme et son fils et leur parla ainsi :
Nous avons tous trois travaillé très très dur pour préparer ces champs. Ils nous ont bien payé de retour. Nous allons maintenant rassembler la récolte et la mettre en sac là-bas dans notre
grenier.
5 - Quand cela sera fait, nous aurons besoin de repos. Je propose que toi et notre fils retourniez à notre maison au village, et y restiez à votre aise durant deux ou trois semaines. Je dois aller
à la côte pour un travail très urgent. À mon retour nous viendrons tous à la ferme, et profiterons d’une fête bien méritée.
6 - La femme d’Anansi et son fils pensèrent que c’était un très bon plan, très sensé, et ils tombèrent immédiatement d’accord. Ils retournèrent droit à leur village, laissant le rusé mari préparer
son voyage. Nul besoin de dire qu’il n’avait pas la plus légère intention de le faire.
7 - Au lieu de cela il se construisit une case très confortable, non loin des terres cultivées, la garnit de toutes sortes d’instruments de cuisine, rassembla une grande provision de blé et de
légumes venant de la grange et se prépara une petite fête à lui tout seul. Cela dura une bonne quinzaine !
8 - Pendant ce temps là, le fils d’Anansi commençait à penser qu’il était temps pour lui d’aller sarcler les champs de leur plantation, sinon les mauvaises herbes pousseraient trop haut. En
conséquence il y alla et passa plusieurs heures de travail.
9 - Au moment où il passait devant la grange, il se prit à y regarder. Grande fut sa surprise de voir que plus de la moitié de leur magnifique récolte s’en était allée ! Il fut très ennuyé, pensant
que des voleurs s’étaient mis à l’ouvrage, et il se demanda comment il pourrait empêcher un autre méfait.
10 - De retour au village, il dit aux gens qui étaient là ce qui était arrivé, et ils l’aidèrent à fabriquer un bonhomme de goudron. Quand vint le soir, ils charrièrent le mannequin collant vers la
plantation, et le placèrent en plein milieu des champs pour effrayer et éloigner les voleurs. Quelques jeunes hommes restèrent avec le fils d’Anansi pour surveiller l’un des greniers.
11 - Quand tout fût sombre, Egya Anansi, totalement inconscient de ce qui était arrivé, vint comme d’habitude, sortant de sa cachette, pour prendre plus de nourriture. Sur le chemin du grenier, il
vit en face de lui une silhouette d’homme et fût au premier abord pris de terreur.
12 - Remarquant cependant que l’homme ne bougeait pas, il repris confiance et s’avança vers lui: Qu’est ce que tu viens faire ici toi ? dit-il. Il n’y eu pas de réponses. Il répéta sa question avec
le même résultat. Anansi se mit alors très en colère et décocha à la silhouette un coup de son poing gauche.
13 - Naturellement son poing resta fermement collé à la poix.
Comment oses-tu retenir ma main, s’écria-t-il, laisse moi immédiatement ou je te frapperai de nouveau. Il frappa alors la silhouette du poing droit, qui lui aussi se colla. Il essaya de se dépêtrer
lui même en tirant vers l’arrière avec ses genoux et son corps, jusqu’à ce qu’enfin de compte, genoux, corps, mains et tête fussent tous solidement fixés au bonhomme de goudron.
14 - Là Egya Anansi dut rester ainsi jusqu’au point du jour, où son fils arriva avec les autres villageois pour attraper le voleur. Ils furent bien étonnés de voir que le maudit auteur des forfaits
était Anansi lui-même. Lui de son côté fut si honteux d’être pris en pleine gredinerie d’avare, qu’il se changea en araignée et trouva refuge dans un recoin sombre du plafond dans la crainte que
quelqu’un ne le voie.
15 - Depuis ce jour, les araignées se dénichent toujours dans des coins obscurs, poussiéreux, où les gens on peu de chance de les remarquer.
Conte ashanti recueilli par W. H. Barker et Cecilia Sinclair, in
Le Roman d’Anansi ou le fabuleux voyage d’une araignée / Éditions
Caret 2006.
travail d'illustration pour le concours "figure future" 2008
-> télécharger le PDF